Montréal n’était pas une ville frontalière de 1939 à 1945, donc, si l’on parle de sa vie culturelle, il faut préciser que les théâtres de la ville n’ont pas été transformés en installations militaires .
De plus, elles n’ont même pas été fermées, comme cela a été le cas en Europe, dans les zones de combats actifs. Mais, la vie théâtrale s’est tout de même adaptée aux nouvelles conditions. Pour savoir comment cela s’est passé pendant la Seconde Guerre mondiale, rendez-vous sur montreal-trend.com.
Les théâtres montréalais au début de la guerre

Dans les années 1930, Montréal s’était déjà imposée comme l’un des centres culturels du Canada. Les théâtres anciens et nouveaux s’intégraient harmonieusement dans le paysage urbain, créant un réseau de lieux où les communautés française, anglaise, juive et autres de la métropole pouvaient apprécier les grandes œuvres artistiques.
Mais, même parmi cette multitude de salles de théâtre, il y en avait une qui se démarquait : le centre ethnodramatique le plus important, situé au cœur même de Montréal. Il s’agit du Monument-National, un grand théâtre situé sur le boulevard Saint-Laurent. Il a ouvert ses portes en 1893 en tant que centre culturel pour la communauté francophone et symbole de la présence nationale du Canada français.
Au fil du temps, ce théâtre est devenu un lieu d’interaction sociale entre différentes cultures. À la fin des années 1930, dans un contexte de changements sociaux rapides, le Monument-National était tout aussi original et imprévisible. Le théâtre est devenu le centre du théâtre yiddish, où se déroulaient les représentations des troupes juives, et ce jusqu’au milieu du XXe siècle.
Ces troupes étaient étroitement liées à l’importante diaspora juive de Montréal. En outre, des groupes francophones et anglophones s’y produisaient, et il y avait une scène pour l’opérette, la musique, les spectacles populaires et les productions expérimentales.
Alors que le Monument-National était le symbole du multiculturalisme, le Théâtre Her Majesty’s, situé sur la rue Guy, restait le lieu privilégié pour écouter de l’opéra, apprécier le ballet ou la musique classique. Construit entre 1897 et 1898, ce théâtre a joué un rôle important dans la vie musicale de Montréal et est resté le centre de grands festivals et de tournées, même au début des années 1940.
Répertoire et programme : une scène qui n’est pas restée silencieuse

Si l’on parle du début de la guerre et de son impact sur le travail et le répertoire des théâtres montréalais, il convient de noter que les programmes concrets des représentations de 1939 à 1945 ont été conservés dans des documents d’archives isolés ou faisaient partie de collections privées. Cependant, les tendances générales peuvent tout de même être reconstituées.
Au début de la guerre, les théâtres continuaient à planifier leurs saisons selon le schéma classique : musique, drame, comédie, tournées de troupes étrangères qui avaient traversé l’Atlantique avant la guerre. Il est important de rappeler que Montréal était toujours le premier port d’arrivée des artistes en tournée en provenance d’Europe et des États-Unis, et que c’est souvent là que s’arrêtaient ceux qui voulaient voyager dans le reste du Canada.
Pour en revenir au Monument-National, il faut dire que son répertoire était extrêmement varié. On y jouait de tout, des pièces dramatiques classiques en français et en anglais aux pièces en yiddish et aux comédies musicales. Ce n’était pas seulement un théâtre, c’était un carrefour culturel où les styles et les langues interagissaient et donnaient naissance à de nouvelles formes de spectacles.
Cependant, le début de la guerre a entraîné certains changements. Les restrictions sévères imposées aux voyages transatlantiques, la mobilisation des jeunes dans l’armée et les questions liées aux ressources ont contraint les administrations théâtrales à adapter leurs programmes, à rechercher de nouveaux artistes locaux et à présenter plus souvent des genres populaires plutôt que des expériences avant-gardistes.
Et, bien que, comme déjà mentionné, contrairement aux pays directement touchés par les hostilités, les théâtres de Montréal n’aient pas fermé leurs portes, leur activité s’est moins orientée vers les productions importées et davantage vers les troupes locales et les programmes autonomes.
La guerre et la situation économique

La situation économique à Montréal de 1939 à 1945 était difficile. La guerre a eu un impact considérable sur le fonctionnement des théâtres dans ce contexte, entraînant une pénurie de billets, mais aussi de spectateurs, dont une partie a été enrôlée dans l’armée, etc. En d’autres termes, les ressources nécessaires au fonctionnement des grands théâtres ont rapidement diminué.
En conséquence, les « temples de la culture » ont été contraints de raccourcir leurs saisons ou de limiter le nombre de productions. De plus, une partie du personnel administratif a été mobilisée pour le service militaire ou pour travailler dans l’industrie de la défense, ce qui n’est pas passé inaperçu. En revanche, les genres qui ne nécessitaient pas de dépenses importantes sont devenus populaires. Il s’agit des revues musicales, des courtes pièces comiques et des projets dramatiques locaux.
Même si Montréal n’a pas imposé de restrictions générales sur les événements culturels, le contexte économique a obligé les établissements à agir de manière stratégique. Les orchestres ont donc réduit le nombre de musiciens, recourant plus souvent à de petits ensembles, et les salles de spectacle, comme le Monument-National et le Her Majesty’s Theatre, ont cherché à obtenir le soutien de la communauté locale plutôt que de dépendre des tournées à l’étranger.
L’économie de guerre a également influencé la forme même des productions théâtrales. À cette époque, les produits culturels bon marché, mieux adaptés aux restrictions temporaires, dominaient. De même, les répétitions se déroulaient plus souvent dans des salles plus petites, et les spectacles comiques et populaires étaient plus demandés que les pièces dramatiques sérieuses, qui nécessitaient la présence d’un grand nombre d’acteurs, de musiciens et des coûts de production importants.
Tournées, festivals et demande du public en période difficile
Malgré la guerre, les tournées théâtrales n’ont pas complètement disparu, elles ont simplement changé de nature. Au lieu des tournées massives en provenance d’Europe, ce sont les troupes américaines et les collectifs locaux qui ont pris le dessus, proposant principalement un répertoire populaire.
Dans ce contexte, il convient de mentionner les festivals de Montréal, en particulier les programmes musicaux ou festifs du Her Majesty’s Theatre de 1940 à 1946, qui ont démontré la viabilité d’une scène qui ne dépendait pas uniquement des artistes étrangers en tournée.
Il convient également de noter que dans de nombreux pays, la guerre a donné lieu à l’organisation de spectacles spéciaux pour les unités militaires, allant de concerts à des représentations théâtrales dans les camps, sur les navires, etc. À Montréal, il existait également des initiatives similaires, mais elles n’étaient pas organisées à aussi grande échelle qu’aux États-Unis ou en Grande-Bretagne, où la scène artistique et l’armée collaboraient de manière systématique.
Cependant, certains groupes d’artistes donnaient des concerts, montaient des spectacles et organisaient des lectures pour les soldats qui servaient dans les camps près de la ville ou participaient à des événements collectifs au profit des fonds militaires.
En effet, la scène faisait également partie de la propagande militaire et du soutien moral : les programmes dramatiques, les numéros musicaux et les spectacles à caractère patriotique sont devenus un élément important du front culturel.
La guerre et la scène de la mémoire culturelle

En résumé, on peut dire que les théâtres montréalais pendant la Seconde Guerre mondiale ne sont pas devenus le centre du mouvement théâtral mondial, mais ils ont préservé la voix humaine au milieu de la tempête des événements historiques. Des théâtres tels que le Monument-National et le Her Majesty’s Theatre n’étaient pas seulement des lieux de divertissement, mais aussi une sorte d’« avant-postes » culturels où naissaient des communautés, où se rencontraient les traditions et où la scène répondait aux exigences de l’époque.
Malgré les difficultés économiques, les restrictions objectives imposées aux tournées et les bouleversements mondiaux, la vie scénique n’a pas disparu : elle s’est transformée, a cherché de nouvelles formes, s’est adaptée à la réalité et a offert aux spectateurs ce dont ils avaient le plus besoin : la communauté, un exutoire émotionnel et un espace de dialogue sur ce que signifie être humain en temps de guerre et après.
Sources :





