Le concept de temps libre a pris une nouvelle signification au XIXe siècle. Ce qu’on appelait « l’argent ancien », c’est-à-dire la richesse dont jouissaient autrefois en monopole des personnes très influentes, leur permettait de profiter sans problème de leur temps libre. Mais les habitants des villes, des villages et des fermes avaient très peu de temps libre, car ils devaient toujours travailler pour survivre.
C’est alors qu’est apparue la classe moyenne, dont les membres ont été les premiers à bénéficier d’un temps libre accru, car ils se trouvaient dans une situation où ils pouvaient embaucher d’autres personnes pour accomplir de nombreuses tâches, ce qui les libérait du travail permanent nécessaire à leur survie. Mais une autre question s’est alors posée : comment rendre les loisirs agréables, joyeux et intéressants ? Pour savoir comment les Montréalais ont résolu ce dilemme au XIXe siècle, rendez-vous sur montreal-trend.com.
Temps libre

La classe moyenne nord-américaine était, dans un certain sens, le prolongement des nouvelles valeurs de la classe moyenne qui se sont répandues en spirale depuis l’Europe à partir de la fin du XVIIIe siècle. On peut, par exemple, noter la prolifération des opéras le long de la côte atlantique à cette époque, comme indicateur de la manière dont la haute culture ou le style raffiné sortaient des palais et des manoirs pour entrer dans les institutions publiques.
Bien sûr, ces établissements fonctionnaient généralement dans un but lucratif. Cependant, les théâtres et les salles de concert sont devenus un autre exemple de l’expression des valeurs bourgeoises. En effet, ces lieux offraient aux gens la possibilité de montrer leur richesse et leur temps libre. En outre, ces établissements culturels étaient un moyen de promouvoir les valeurs civiques et culturelles.
Les deux grands théâtres d’Halifax ont fait leur apparition dans les années 1780 et étaient connus pour leurs productions de farces du West End de Londres. Ce n’est que 50 ans plus tard qu’ils se sont tournés vers des sujets plus sérieux. En 1825, un épicier et un marchand de Montréal ont convaincu John Molson Jr. de se joindre à eux pour construire le premier théâtre de la ville. Il s’agissait du Théâtre Royal, où l’on privilégiait les drames shakespeariens.
À propos, c’est à peu près selon le même principe que les musées publics ont commencé à apparaître. Le Musée des beaux-arts de Montréal, le plus ancien et l’un des plus importants établissements artistiques du Canada, a toujours été animé par la volonté d’attirer des personnes de toutes les couches de la société. Tout d’abord, en 1847, la Société des artistes de Montréal a été fondée, puis, en 1860, l’Association artistique de Montréal.
C’est cette association qui a créé une nouvelle société sous son nom actuel. En 1972, elle est devenue un organisme semi-public, financé en grande partie par des subventions provenant de différents niveaux de gouvernement.
Aujourd’hui, le musée est visité non seulement par les habitants de la région, mais aussi par de nombreux visiteurs de la métropole, qui viennent s’y détendre en admirant, par exemple, la collection d’art international ancien et contemporain présentée dans le cinquième pavillon. Il convient de noter qu’au cours des 150 dernières années, le musée a rassemblé l’une des meilleures collections encyclopédiques d’Amérique du Nord, qui compte plus de 33 000 objets, de l’Antiquité à nos jours.
La plupart de ces pièces sont des dons prestigieux provenant de familles nobles de Montréal. La collection comprend des arts décoratifs et appliqués, de l’art canadien et de l’art inuit. On y trouve également de l’art international, des gravures et des dessins, des peintures de maîtres anciens, de l’art contemporain, ainsi que d’importantes collections de textiles anciens, de porcelaine anglaise et la plus grande collection au monde de boîtes à encens japonaises.
Une journée aux courses

Mais revenons aux loisirs des Montréalais au XIXe siècle. Voyons comment les représentants de la classe ouvrière et prolétarienne préféraient passer leur temps libre. Il convient tout d’abord de noter que leurs goûts différaient considérablement de ceux des classes moyennes et supérieures, qui préféraient fréquenter les théâtres classiques et les salons de musique.
Les personnes les plus pauvres étaient attirées par les cirques, les compétitions où l’on démontrait des records de force et diverses courses entre personnes, animaux, etc. Les jeux d’argent étaient répandus et gagnaient en popularité au cours des siècles en tant que forme d’habileté particulière, mais aussi comme moyen d’améliorer instantanément sa situation financière.
En particulier, les habitants des villages assistaient à des compétitions entre leur bétail et d’autres animaux domestiques. Dans les zones rurales et même dans certains saloons urbains considérés comme inférieurs, on organisait des courses de chevaux, des combats de coqs et de chiens, voire des combats d’ours. L’une des raisons pour lesquelles ces divertissements étaient populaires auprès des ouvriers était le prix des billets. Par exemple, les billets de théâtre étaient assez chers pour le prolétariat.
Grand muet

Mais ensuite, le « grand muet » est arrivé. Montréal a été l’une des premières villes à accueillir les débuts du cinéma canadien. En 1896, le premier cinéma public d’Amérique du Nord a ouvert ses portes dans le bâtiment Robillard, et en 1906, le premier cinéma spécialisé du Canada, l’Ouimetoscope, fondé par Leo-Ernest Ouimet, a ouvert ses portes.
Il a joué un rôle clé en démarrant son entreprise en faisant des tournées avec des films, puis en créant la première bourse du cinéma de la ville, ouvrant ainsi la voie à des cinémas permanents, tels que le luxueux cinéma de 1 200 places qui a remplacé l’Oïmétoscope original en 1907.
Il est évident que le cinéma, même muet, ne pouvait que devenir le principal loisir des Montréalais à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Cependant, les habitants du quartier Centre-Sud de Montréal ne se doutaient pas qu’ils seraient parmi les premiers spectateurs d’un art nouveau pour l’époque appelé cinéma. C’est pourtant dans ce quartier industriel, où vivaient principalement des familles d’ouvriers, que fut ouvert le premier cinéma d’Amérique du Nord.
Au départ, il était situé au 624, rue Sainte-Catherine Est. De plus, le « Wimetoscope » se distinguait avantageusement parmi les appartements, les magasins, les tavernes, les usines et les théâtres qui composaient le paysage urbain de l’artère principale de Montréal. Le cinéma a ouvert ses portes au début du XXe siècle dans la salle Poire. Un an plus tard, l’ancien bâtiment a été démoli et remplacé par un luxueux théâtre de 1 200 places, idéal pour la projection de films et la représentation de spectacles de variétés.
Les spectateurs pouvaient acheter un billet pour le balcon, le parterre ou une loge, en fonction de leurs moyens financiers. Le nouveau cinéma, à la grande joie de son propriétaire Léo-Ernest Wymé, était extrêmement populaire auprès des Montréalais, les films étaient projetés à guichets fermés tous les soirs.
Leo-Ernest Wime

Léo-Ernest Wime est né à Saint-Martin-de-Laval, une petite ville près de Montréal. Il a commencé sa carrière cinématographique en 1903. Il gagnait sa vie en tant que projectionniste itinérant. Leo-Ernest présentait ses spectacles partout où il le pouvait et où cela était autorisé : dans les parcs, les grands magasins et les salles paroissiales, en somme, dans toute la métropole.
Bien que Wymé fût avant tout un cinéaste polyvalent, travaillant également comme entrepreneur, ingénieur, réalisateur, producteur et distributeur, il est resté dans la mémoire collective des Montréalais avant tout grâce à son cinéma éponyme, qu’il a possédé jusqu’en 1922. Les Montréalais ont donc fréquenté l’établissement de Leo-Ernest Wymé pendant plus de 15 ans.
Par la suite, le cinéma a changé plusieurs fois de mains au fil des ans, avant de fermer définitivement ses portes en 1993. Aujourd’hui, une plaque commémorative « Cinémathèque » est accrochée aux murs de l’ancien cinéma. C’est tout ce qui reste de l’emplacement de l’ancien « Wimetoscope ». Cette enseigne ternie rappelle comment les Montréalais aimaient passer leur temps libre.
Sources :





