Les Belles-Sœurs — une légende de la scène satirique montréalaise

L’une des pièces de théâtre humoristiques et satiriques les plus célèbres de Montréal et de tout le Québec est Les Belles-Sœurs, écrite par le dramaturge Michel Tremblay et mise en scène au Théâtre du Rideau Vert. Les Belles-Sœurs est généralement considérée comme une légende de la scène montréalaise. Il convient toutefois de noter qu’une partie du public a été choquée, qualifiant la pièce de vulgaire et obscène. Mais d’autres l’ont adorée, car les Montréalais se sont vus pour la première fois sur scène. Pour en savoir plus sur l’histoire de l’une des comédies les plus célèbres, non seulement du théâtre montréalais, mais aussi du théâtre québécois, rendez-vous sur montreal-trend.com

De quoi parle cette pièce ?

Dans les années 1960, Michel Tremblay voulait créer une pièce sur les femmes ordinaires de Montréal issues du milieu ouvrier, sans fioritures ni pathos. Il s’intéressait à la vie des femmes au foyer, à leur religiosité, à leurs rêves permanents d’une « vie meilleure », à leur envie envers ceux qui vivaient mieux qu’elles, etc. En un mot, tout ce que recouvre l’expression « psychologie de la petite femme dans les quartiers pauvres de Montréal ». C’est ainsi qu’est née l’histoire de Germain Lozon, qui, après avoir gagné un million de timbres, a réuni ses proches et ses voisines pour qu’elles l’aident à les coller dans des carnets.

C’est ainsi que 15 femmes, toutes des femmes au foyer de Montréal, se retrouvent chez la protagoniste. En effet, Germaine Lozon prévoit d’acheter divers articles ménagers avec les timbres « Étoile d’or » qu’elle a gagnés, mais elle doit d’abord remplir ses carnets.

Les invitées répondent volontiers à la demande de leur voisine, mais elles ne partagent bien sûr pas la joie de Germaine Lozon. Tout cela parce qu’elles envient follement cette femme et convoitent ses cadeaux sous forme de timbres. Mais comme Germaine n’avait pas l’intention de faire de tels cadeaux, les femmes, qui ont jeté leur dévolu sur ce gain, finissent par lui voler ses timbres.

À la fin de la pièce, Germaine comprend qu’on lui a volé la majeure partie de ses gains. La femme devient folle et se jette dans la bagarre, les voisines se battent entre elles, puis volent tout ce qu’elles peuvent attraper et s’enfuient. Pieretta, l’une des rares femmes à ne pas avoir volé de timbres, tente de réconforter Germaine, mais celle-ci la repousse avec colère et la renvoie.

Germaine elle-même tombe à genoux, sanglotant amèrement, après avoir réalisé ce qu’elle a perdu. Au même moment, les autres acteurs chantent O Canada, debout sous sa fenêtre, ce qui oblige Germaine à se ressaisir. Elle se joint alors aux chanteurs.

C’est, en bref, le résumé de cette pièce. Mais dans l’ensemble, Les Belles-Sœurs est une pièce féministe engagée qui dévoile avec humour et cruauté les conditions de vie aliénantes des femmes dans les quartiers ouvriers de Montréal dans les années 1960.

Naissance de l’idée

Cette pièce a une histoire assez intéressante. Tout a commencé en 1965, après qu’André Brassard et Michel Tremblay soient allés voir un film au Québec. À la fin de la projection, les deux hommes ont convenu qu’ils n’avaient pas aimé le film. La raison principale était qu’aucun d’eux ne comprenait la langue parlée dans le film. En d’autres termes, le film semblait être en français, mais ce n’était pas le français parlé au Québec ni en France.

À ce moment-là, Tremblay réévalue ses réalisations créatives. Il se rend compte que les récits fantastiques et les romans qu’il a écrits jusqu’alors ne se déroulaient en réalité pas au Québec. Mais cet incident incita le dramaturge à se mettre au travail, à savoir à écrire une courte pièce en joual, ce qu’il n’avait jamais envisagé de faire auparavant.

C’est ainsi que la pièce légendaire commença à prendre forme. Au départ, l’auteur ne donna vie qu’à deux personnages. Il s’agissait de deux vieilles dames qui sortaient d’un salon funéraire. Les vieilles femmes discutaient dans cette langue rude. Comme l’auteur, Michel Tremblay, avait entendu cette langue depuis son enfance, chez ses proches, ses voisines et ses connaissances, il n’a eu aucune difficulté à écrire la pièce.

Mais ce n’est pas tout. Après quelques jours d’écriture, le scénario s’est considérablement élargi. Au lieu de deux personnages, il y en avait désormais quinze. Ce fut une véritable révélation. Mais l’explication de cet élan créatif était assez simple : c’était le langage de l’œuvre. C’est précisément ce langage qui a donné à Tremblay une liberté, une ouverture d’esprit et, plus encore, qui a débarrassé l’auteur de toute modestie. Le dramaturge, avec ses nouveaux personnages, a brossé un portrait réaliste de la société, sans complaisance ni autocensure.

À propos de l’auteur de la pièce

Michel Tremblay est né en 1942. Il appartient à cette génération de dramaturges qui a émergé au Québec dans les années 1960 et 1970, à une époque de profonds changements politiques et culturels à Montréal et dans l’ensemble de la province. Ces dramaturges et écrivains considéraient que leur mission principale était de libérer la culture québécoise du joug de la domination étrangère omniprésente.

Le fait est que, à quelques rares exceptions près, les théâtres québécois n’ont, jusqu’au milieu du XXe siècle environ, jamais abordé dans leurs œuvres les questions franco-canadiennes. Même à cette époque, ce théâtre restait « asservi » thématiquement, stylistiquement et linguistiquement à sa « mère » France. C’est ainsi que la pièce Les Belles-Sœurs de Michel Tremblay au Théâtre du Rideau Vert a contribué à la naissance d’un nouveau théâtre québécois autonome. Il est significatif que cela se soit produit le 28 août 1968 dans la métropole francophone qu’est Montréal.

Quant à Michel Tremblay, le joual était pour lui un symbole d’identité. En général, il est impossible de discuter des plus grandes réalisations de Tremblay sans mentionner cette pièce et cette langue particulière. Tramble est devenu le dramaturge le plus important du Canada, son immense œuvre créative pour le théâtre, la littérature, le cinéma et la télévision lui a valu une renommée internationale et a sans aucun doute influencé le développement de la dramaturgie canadienne.

La première, très controversée, a eu lieu en 1968. La pièce a alors été jouée pour la première fois au Théâtre du Rideau Vert, provoquant un véritable bouleversement culturel. Pour la première fois sur une grande scène, des femmes s’exprimaient de manière très simple, grossière, dans le langage vivant de la rue, et des jurons fusaient sur scène. L’auteur de la pièce voulait ainsi dénoncer ouvertement l’hypocrisie, l’oppression des femmes et la religiosité aveugle.

Influence multiforme sur l’art québécois

L’influence de cette œuvre sur l’art théâtral et le milieu culturel en général fait encore l’objet de débats au Québec. On peut en effet affirmer avec certitude qu’elle a considérablement modifié la conception de la culture, tant à Montréal que dans l’ensemble de la province du Québec. Plus précisément, elle a influencé la langue, la forme théâtrale, les questions de répertoire, c’est-à-dire les pièces à mettre en scène, les théâtres dans lesquels les jouer et, surtout, elle a entraîné le remplacement de la vieille garde.

Il y a toutefois eu des incidents désagréables. Lorsque cette pièce a été proposée pour le festival dramatique Dominion, le jury l’a rejetée. À l’époque, Les Belles-Sœurs était la première pièce de Tremblay jouée par des professionnels. Aujourd’hui, c’est l’œuvre la plus souvent mise en scène et la plus souvent traduite de l’auteur. Elle a suscité une vive controverse, d’abord en raison de son langage, puis parce qu’elle osait dépeindre des femmes de la classe ouvrière occupées à des tâches de la classe ouvrière.

De plus, la pièce était dirigée contre les hommes. Aujourd’hui, rien de ce qui était considéré comme révolutionnaire ne l’est plus, mais en 1968, le théâtre québécois venait tout juste de se libérer des pièces religieuses et morales, rejoignant ainsi la Révolution tranquille. C’est ce qu’a également souligné cette première. Elle a confirmé le début d’une relation artistique durable et fructueuse entre Tremblay et le metteur en scène Brassard.

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