Il s’agit d’une pièce qui a d’abord été descendue, puis acclamée par la critique, tandis que les spectateurs ont été conquis. La Trilogie du dragon est une œuvre de Robert Lepage qui a été présentée à Montréal dans le cadre du Festival des théâtres d’Amérique en 1986-1987. Il s’agit d’une pièce en trois parties — « Le dragon vert », « Le dragon rouge » et « Le dragon blanc » — qui explore le choc entre les cultures occidentale et orientale à travers l’imagination de deux jeunes filles dans le quartier chinois de Québec. Pour en savoir plus, cliquez ici : montreal-trend.com.
Une histoire sur la Chine imaginaire

Dans cette œuvre, présentée dans son intégralité dans le Vieux-Port de Montréal en 1987, puis reprise dans les années 2000, les trois quartiers chinois du Canada sont représentés par trois dragons : rouge, blanc et vert. Dans l’une des scènes finales, les portes du hangar n° 9 s’ouvrent directement sur la salle, offrant une vue imprenable sur le fleuve. Et à ce moment précis, comme si les étoiles s’étaient alignées, une jonque chinoise, un majestueux voilier, fait son apparition. Il n’est pas difficile de deviner de quelle couleur étaient ses voiles : rouge, blanc et… vert.
La trilogie « Dragons » raconte l’histoire d’une Chine imaginaire, fictive, qui n’existe que dans l’imagination de deux jeunes filles. L’action se déroule dans les années 1930. Les filles ont grandi dans les environs mystérieux du quartier chinois de Québec. Ce quartier n’existe plus aujourd’hui. L’une de ces jeunes filles, la seule des trois héroïnes à être présente tout au long de l’œuvre, a commencé le spectacle en déclarant qu’elle n’était jamais allée en Chine.
Depuis la création de la « Trilogie des dragons », de nombreuses pièces ont été mises en scène par Robert Lepage. Elles ont été jouées à Singapour, Tokyo et Hong Kong. Une approche naïve, mais curieuse, a donné naissance à la première trilogie, dont le thème central était la Chine exportée. On pouvait la voir dans les quartiers chinois de Québec, Toronto ou Vancouver, mais ce pays céleste n’existe plus. Au cours des dix dernières années, plusieurs productions de Lepage ont démontré sa compréhension d’une autre vision de l’Orient, plus explorée et mieux comprise.
Aujourd’hui, le dramaturge propose une autre version de la pièce : une « Trilogie des dragons » remaniée, créée en collaboration avec des Asiatiques et une toute nouvelle génération d’interprètes. Ils diffèrent considérablement de ceux qui jouaient au XXe siècle. Ne serait-ce que par leur vocabulaire théâtral beaucoup plus riche. Ainsi, dans cette mise en scène, on peut trouver une nouvelle réponse à la question souvent posée entre une paire d’opium, du taï-chi et les chants de Mao, à propos de ce dont rêve le blanchisseur chinois du quartier Saint-Roch. La « Trilogie des dragons », qui a remporté le Grand Prix du Festival de théâtre des Amériques en 1987, a ensuite été présentée dans plus de 30 villes d’Amérique du Nord, d’Europe et d’Océanie entre 1985 et 1992.
Au début

Au début, il n’y avait rien, ou presque rien. Seulement six acteurs réunis par le réalisateur, deux scénographes et un producteur, qui cherchaient leur chemin vers l’Orient. Sur un terrain vague transformé en parking, l’imagination et la mémoire se sont mises à travailler plus intensément. C’est ainsi qu’ont émergé les contours de ces trois quartiers chinois. L’un se trouvait au Québec dans les années 1930. Il servait de toile de fond au dragon vert, printanier et aquatique. Le deuxième provenait du Toronto florissant du milieu du siècle. Il figurait dans les décors du dragon rouge de la terre et du feu. Et le dernier venait du Vancouver florissant des années 1980. C’était un dragon blanc, automnal et éphémère, mais aux ailes déployées.
Il y avait aussi la Chine imaginaire, des mythes colorés et des produits bon marché. Il y avait l’histoire de tante Marie-Paule, qui avait épousé un Chinois. Il y avait le gardien de parking dans sa cabine avec une boule de verre qui jouait de la musique japonaise. Et avant, au début, il y avait Françoise et Jeanne, deux amies inséparables de douze ans. Elles jouaient dans le magasin avec des boîtes à chaussures, animant la rue Saint-Joseph et ses boutiques.
Il y avait aussi Lepine, entrepreneur de pompes funèbres, et le salon de coiffure qui appartenait au père de Jeanne, où elle observait Bedar et ses magnifiques cheveux roux, ainsi que la blanchisserie du vieux M. Wong, où William S. Crawford, qui venait de débarquer du navire « England » dans l’espoir d’ouvrir une boutique à Québec, s’était rendu par une nuit froide. Crawford, qui venait de débarquer du navire « Angleterre » dans l’espoir d’ouvrir une boutique à Québec.
Tout cela, c’est la trilogie « Les Dragons ». Sa version complète a été présentée en six heures au Festival de théâtre des Amériques, dans le hangar n° 9 situé dans le Vieux-Port de Montréal. À l’époque, elle a été un moment d’enchantement rare. C’est à partir de ce moment-là que la pièce a fait le tour du monde et a propulsé l’auteur et metteur en scène Robert Lepage sur de nombreuses scènes prestigieuses à travers le monde.
Robert a ensuite décidé de revenir modestement au jardin zen de cette pièce emblématique, de déplacer les pierres pour que la magie, enveloppée dans des cheveux imprégnés des parfums de l’Orient et de l’Occident, s’échappe. Cela montre qu’il a voulu créer une œuvre de mémoire et de transmission, une sorte de cadeau qui fait plaisir à tout le monde. Avec l’aide d’une nouvelle équipe d’acteurs et de designers, l’auteur réinstalle donc les décors dans l’ancien atelier ferroviaire.
Dans un immense rectangle de sable et de gravier, sur un parking, sous un éclairage nocturne intense, Jeanne et Françoise reviennent à la vie. Elles sont le pivot autour duquel gravitent plusieurs autres personnages inoubliables. Cette saga féérique est construite comme une valse, elle comporte trois parties. Cette danse symbolise le printemps, l’automne et l’hiver. Au début, on entend la valse de l’innocence, des pressentiments et des destins qui déclinent. Puis vient la valse de la guerre, des voyages et du progrès, suivie de la troisième partie, la valse de la mort et de la renaissance.
Sous l’influence de la force primitive et tumultueuse de la vie des personnages, se déroule un conte imaginaire pratiquement inexploré, l’histoire cachée de l’Occident et de l’Orient. L’aventure commence par trois voix venues de l’ombre, qui résonnent avec des intonations familières et étrangères, des voix d’hommes et de femmes qui, à l’unisson, invitent de manière confidentielle à un voyage.
Danse, mouvement, dialogue et une multitude d’objets

Dans la « Trilogie des dragons », le mouvement est cyclique, il fait partie d’une dynamique complexe qui détruit la logique de l’opposition binaire entre mythe et réalité, entre corps et âme, intuition et raison, intériorité et extériorité, sublime et trivial, entre tragédie et comédie. Toute la composition se développe à l’aide d’impulsions, d’impressions suggestives et d’une condensation thématique et métaphorique.
La danse, le mouvement, le dialogue, les objets et les actions forment un tout qui anime cette conspiration poétique de langues, de jargons, de codes, de références et de citations, le souffle intime d’êtres vivants qui vivent et meurent dans les corps des acteurs. Les scènes se déroulent simultanément dans le temps et l’espace de la chanson, qui couvre Québec, Toronto, Tokyo et une base militaire en Angleterre. Les séquences sont présentées en contrepoint du récit et des commentaires. Les segments de danse reproduisent l’action dans les mouvements du taï-chi et les pas de tango.
Les métaphores s’entremêlent dans une intrigue anecdotique, tandis que les changements de ton et de rythme dynamisent l’œuvre, qui oscille entre humour et solennité, émotions et retenue. Ce ne sont là que quelques exemples de la richesse du texte et de la structure organique de l’œuvre, son tissu, tissé et orné d’une multitude d’éléments, allant d’une boîte à chaussures, des chaussures et des patins à des draps, des allumettes, un vélo, un fauteuil roulant, un pousse-pousse, des ampoules, des pinces, des tableaux et une boule de verre, ainsi que des costumes et des perruques pour les destins imaginaires.
Le monde dans un bac à sable

Les personnages et les acteurs recréent le monde dans un bac à sable sculpté par la lumière, la musique, la chorégraphie et les images projetées sur un panneau d’affichage. Robert Lepage a mis en scène son double univers pour présenter sa saga sur la vie, la mort et les transformations infinies à travers le prisme de la lumière, qui transporte les personnages et les spectateurs vers la Chine imaginaire. C’est un pays mythique, caché au plus profond de nos cœurs, la Chine, découvert en 1985 par la première troupe d’acteurs.
Sources :





