Le théâtre montréalais des années 1970 n’était plus une affaire de langue française raffinée et de diction soignée, ni même, d’ailleurs, de tentatives d’imiter la bonne vieille France. Après la Révolution tranquille, la scène s’est soudainement mise à parler dans la langue vivante du pays. Peu importait que ce soit brutal et parfois gênant : en revanche, c’était sincère.
Le théâtre a cessé d’être une « vitrine de la culture » pour devenir un lieu où la société se regardait sans aucun filtre. Et cela a été rendu possible grâce à une nouvelle génération d’auteurs, parmi lesquels se distinguait particulièrement Michel Tremblay. Ce sont eux qui ont brisé les cadres habituels et donné le ton à un débat qu’il était désormais impossible d’ignorer. Pour en savoir plus, rendez-vous sur montreal-trend.com.
Le théâtre montréalais à un tournant historique

Dans les années 1960-1970, Montréal commence à s’éloigner d’un modèle culturel où le théâtre n’était pour l’essentiel qu’un écho des traditions européennes. Pendant longtemps, la scène s’est appuyée sur un français « correct », une diction académique et des intrigues qui semblaient davantage importées de l’extérieur que nées du contexte local.
Mais, après la Révolution silencieuse, la situation a commencé à changer — et de manière assez radicale. La société commence à chercher sa propre identité, et parallèlement apparaît une demande pour un théâtre qui ne dise pas « ce qu’il faut dire », mais « ce qui est ».
De la scène résonnent un langage familier et des intonations quotidiennes, prononcés par des personnages sans artifice ni fioritures. Le théâtre cesse peu à peu d’être un espace élitiste réservé à un cercle restreint de « privilégiés » et se transforme en une scène où l’on peut se reconnaître soi-même, reconnaître son quartier et ses problèmes. Il ne s’agit plus de la distance entre la scène et le spectateur, mais d’une proximité presque gênante, où les acteurs parlent comme si vous étiez assis à la même table qu’eux.
C’est précisément à cette époque qu’émerge une nouvelle sensibilité dramaturgique, plus incisive. Il s’agit d’un intérêt pour le quotidien, les conflits intérieurs et les tensions sociales, qui, auparavant, étaient soit passés sous silence, soit présentés sous une forme considérablement « édulcorée ».
Le théâtre commence à remplir non seulement une fonction esthétique, mais aussi presque diagnostique : montrer ce qui anime réellement la société sans chercher à enjoliver la réalité. Et c’est dans un tel environnement qu’apparaissent des auteurs, capables non seulement de refléter les changements, mais aussi de les façonner à travers le langage de la scène.
L’histoire de la création d’Hosanna

La pièce Hosanna paraît en 1973, alors que Michel Tremblay s’est déjà imposé comme un auteur qui n’hésite pas à bousculer les règles théâtrales habituelles et confortables. Jusqu’alors, il avait abordé des thèmes liés à la vie quotidienne, à l’identité linguistique et à l’« invisibilité » sociale des gens ordinaires, mais Hosanna a marqué son entrée dans un territoire à la fois plus intime et plus risqué.
L’idée de la pièce naît de l’intérêt de Tremblay pour les conflits intérieurs de la personnalité. Il s’agit de ce moment où l’image extérieure cesse de correspondre à l’état intérieur. Le personnage principal vit dans un monde de rôles et de masques, s’efforçant de préserver son illusion, qui s’effrite peu à peu.
L’action de la pièce se concentre sur une seule soirée, où, derrière une apparente légèreté, voire une certaine théâtralité, se révèle peu à peu la tension entre les personnages. Lors de la première, ces rôles ont été incarnés par des comédiens talentueux, parmi lesquels se sont particulièrement distingués Gilles Renaud dans le rôle d’Hosanna et Denis Drouin dans celui de Cuirette. C’est précisément leur jeu qui a contribué à renforcer l’impact émotionnel de la mise en scène.
Ce qui, au premier abord, ressemble à un jeu de métamorphoses se transforme peu à peu en une réflexion sur l’identité, la solitude et le besoin d’être accepté. C’est précisément cette intimité et cette concentration sur le conflit psychologique qui confèrent au texte une densité et une atmosphère presque « nerveuse ».
À l’époque de la création de la pièce, une telle franchise — notamment dans la représentation d’un personnage LGBT sans simplifications ni clichés — était inhabituelle pour le théâtre montréalais de l’époque. Et bien que, Tremblay avait déjà la réputation d’un auteur travaillant à la limite de l’acceptable, Hosanna a encore davantage consolidé sa position de dramaturge qui n’évite pas les sujets complexes et ne cherche pas à les « édulcorer » pour plaire au public.
Pourquoi « Hosanna » est-elle considérée comme une pièce remarquable ?

Qu’est-ce qui fait de Hosanna non pas simplement une « pièce de plus sur une étagère », mais un véritable phénomène théâtral ? Tout d’abord, c’est le thème : il ne s’agit pas d’une simple mise en scène, mais d’une réflexion sur l’identité, l’âge, l’amour et les illusions intérieures, présentée de telle manière que le rire et la compassion se côtoient chez le spectateur. Tremblay lui-même a écrit un texte qui n’a pas peur d’être à la fois incisif et tendre, ce qui le rend plus proche de la vie que bien des drames « sérieux ».
Deuxièmement, Hosanna a connu un parcours scénique remarquable pour son époque et son genre. La pièce a été jouée pour la première fois en 1973 au Théâtre de Quat’Sous, puis, dès 1974, une adaptation anglaise a été présentée au Tarragon Theatre, avant même d’être jouée à Broadway.
Par la suite, la pièce n’est pas tombée dans l’oubli, comme beaucoup de textes « à la mode » des années 70. Elle a été jouée sur différentes scènes pendant des décennies : des productions anglophones au Canada aux représentations en Grande-Bretagne, en passant par une participation au Festival de Stratford. Ce sont précisément ces mises en scène qui prouvent que la pièce n’a pas simplement « existé », mais qu’elle a vécu, car son thème reste d’actualité.
En d’autres termes, ce n’est pas simplement « un spectacle de plus ». C’est un texte qui a fait ses preuves auprès du public et au fil du temps, et chaque nouvelle interprétation sur scène souligne que l’histoire d’un homme en quête de lui-même parmi les masques est une histoire qui ne vieillit jamais.
Michel Tremblay — un phénomène

Quelques mots sur l’auteur. Michel Tremblay est l’un de ces cas où une seule personne a véritablement bouleversé les codes de tout un milieu théâtral. Tremblay est né à Montréal en 1942 dans un milieu ouvrier, au Plateau-Mont-Royal. C’est précisément ce milieu qui est ensuite devenu l’une des principales sources d’inspiration de son œuvre dramatique.
Sa percée précoce et la plus retentissante est liée à la pièce Les Belles-Sœurs, dans laquelle il a pour la première fois largement utilisé le langage familier québécois, le « joual ». Et ce n’était pas simplement un choix stylistique ; c’était un véritable geste visant à montrer que la langue quotidienne des gens avait le droit de résonner sur scène sans être « lissée » pour se conformer aux normes. Dans le contexte de l’époque, cela ressemblait presque à une provocation culturelle.
En tant que phénomène, le Tremble est la combinaison de plusieurs éléments : une attention portée au quotidien, un intérêt pour les voix marginalisées et une volonté d’aborder des thèmes autrefois considérés comme tabous ou « non théâtraux ». Il met systématiquement en scène ce qui restait habituellement en dehors de celle-ci, à savoir : les conflits intérieurs, les inégalités sociales, les questions d’identité, de sexualité et de solitude.
Son style ne repose pas sur des constructions complexes ni sur une décoration excessive. Au contraire, Michel mise sur la simplicité des dialogues et la justesse psychologique. Ses personnages s’expriment comme ils vivent, et c’est précisément pour cela que leur dramaturgie apparaît comme un aperçu reconnaissable de la réalité.
Comment Hosanna a influencé la vie théâtrale de la ville

Pour Montréal, Hosanna n’a pas été une simple première théâtrale de plus, mais le signe que la scène s’était définitivement éloignée de son rôle de « vitrine culturelle » et avait commencé à parler de la vie réelle, sans faux-semblants. C’est elle qui a consacré le droit du théâtre d’aborder les thèmes de l’identité, de la sexualité et des conflits intérieurs ouvertement, sans tenter de les édulcorer ou de les dissimuler derrière des conventions.
De plus, après de telles mises en scène, il est devenu plus difficile de revenir aux anciennes formes prudentes — et c’est, en réalité, ce qui a stimulé le développement d’une nouvelle dramaturgie au Québec. Ainsi, le théâtre montréalais s’est vu offrir non seulement des textes plus audacieux, mais aussi une nouvelle vision du monde, où la distance entre la scène et le spectateur a cédé la place à un dialogue direct, presque intime, avec le public, qui continue aujourd’hui encore de définir la nature de la vie théâtrale locale.
Sources :
- https://ici.radio-canada.ca/rci/fr/nouvelle/2207337/hosanna-sheherazade-pauvres-michel-tremblay-tnm
- https://tnm.qc.ca/2025–2026/hosanna-ou-la-sheherazade-des-pauvres
- https://odyscene.com/programmation/hosanna/
- https://www.lapresse.ca/arts/chroniques/2022–10–26/michel-tremblay/des-nouvelles-d-hosanna.php
- https://atuvu.ca/billets-spectacle/hosanna-ou-la-sheherazade-des-pauvres





