Le théâtre a toujours eu non seulement une vie scénique, mais aussi une vie particulière en coulisses. C’est une évidence qui, comme on le sait, ne nécessite aucune preuve. Les spectateurs viennent au théâtre ou au cinéma pour le spectacle, les émotions, la musique et le jeu des acteurs. Mais, l’histoire de ces lieux cache souvent bien plus que ce que l’on peut voir depuis la salle. Dans les coulisses, dans les couloirs étroits, sur les escaliers en bois et même dans la salle elle-même, il arrivait souvent que des événements se produisent qui changeaient à jamais la vie théâtrale de la ville, et parfois même de toute la province.
Il arrive parfois que des incidents amusants ou étranges se produisent dans les coulisses, parfois même que quelqu’un accomplisse des actes héroïques — cela s’est déjà produit — qui deviennent des légendes urbaines. Mais, parfois, de véritables tragédies se produisent. L’histoire de la vie théâtrale de Montréal regorge d’histoires et d’événements de ce genre. Certaines d’entre elles ont servi de leçons à toute une génération, d’autres ont provoqué des scandales qui ont bouleversé l’opinion publique, et d’autres encore ont démontré l’incroyable dévouement des gens de théâtre, mais pour vous en convaincre, lisez ici : montreal-trend.com.
L’incendie qui a changé les règles

Au début du XXᵉ siècle, l’un des lieux de loisirs les plus populaires auprès des habitants modestes de la ville, qui appartenaient principalement à la classe ouvrière, était le cinéma Laurier Palace Theatre. Il était situé dans un quartier ouvrier et attirait donc avant tout par ses prix abordables.
Les billets étaient beaucoup moins chers ici que dans beaucoup d’autres établissements, ce qui permettait aux ouvriers locaux de venir aux séances avec toute leur famille. Il y avait particulièrement beaucoup d’enfants ces jours-là, pour qui le cinéma était toujours une véritable fête.
Cette tragédie s’est produite le dimanche 9 janvier 1927, lors d’une des séances de jour. Ce jour-là, des centaines de jeunes spectateurs s’étaient rassemblés dans la salle. La plupart d’entre eux étaient venus sans leurs parents, ce qui était courant à l’époque. Mais, ce jour-là, une séance de cinéma ordinaire s’est transformée en tragédie.
Un incendie s’est soudainement déclaré dans la salle. Selon l’une des versions, c’est un film ou une partie de l’équipement de la salle de projection qui a pris feu. Le feu et la fumée se sont alors très rapidement propagés dans tout le bâtiment. Dans la salle, bien sûr, la panique s’est emparée des enfants qui se sont précipités vers les sorties, mais les escaliers étroits et la bousculade ont considérablement compliqué l’évacuation.
Il y a eu des actes héroïques : pendant l’incendie, l’un des projectionnistes a réussi à sauver environ 30 enfants en les faisant sortir par la fenêtre du cinéma avant que le feu ne se propage dans la salle.
Malheureusement, beaucoup d’enfants ont suffoqué dans la fumée épaisse avant même que le feu n’atteigne la salle de cinéma. Au final, 78 enfants ont perdu la vie dans cette tragédie. Cet événement est entré dans l’histoire sous le nom de Laurier Palace Theatre fire et est devenu l’un des chapitres les plus douloureux de la vie culturelle de Montréal.
Après la catastrophe, une enquête à grande échelle a été lancée. Le public exigeait des explications : pourquoi le bâtiment était-il si dangereux, pourquoi l’évacuation avait-elle été si difficile et qui était responsable ? Après la tragédie, les autorités de la province de Québec ont annoncé une enquête officielle à grande échelle, menée non plus au niveau municipal, mais au niveau provincial.
La commission devait enquêter sur les circonstances de l’incendie du Laurier Palace Theatre, déterminer les responsables et évaluer la sécurité dans les établissements de divertissement. Les audiences ont duré plusieurs mois et ont suscité un écho considérable dans la société.
À la suite de ces conclusions, les autorités ont estimé que les règles de sécurité dans les cinémas et les théâtres devaient être sérieusement revues. En conséquence, de nouvelles normes ont été adoptées au niveau provincial pour les établissements de divertissement, et des restrictions ont été imposées concernant la fréquentation des cinémas par les enfants non accompagnés d’adultes.
Cette décision fut l’une des conséquences les plus marquantes de la tragédie qui entra dans l’histoire sous le nom de Laurier Palace Theatre fire. Ces règles restèrent en vigueur pendant très longtemps, soit 33 ans, ce qui témoigne de l’empreinte profonde que cette tragédie laissa dans la mémoire collective.
Les scandales qui n’ont pas commencé par un incendie

Cependant, toutes les représentations dans les théâtres montréalais n’ont pas été interrompues à cause d’incendies ou de catastrophes techniques. Parfois, la cause était, roulement de tambour, les spectateurs eux-mêmes.
On sait qu’à la fin du XIXᵉ siècle et au début du XXᵉ siècle, l’Église catholique avait une très forte influence sur la vie sociale au Québec. Le théâtre, qui abordait souvent des thèmes sociaux sensibles, était fréquemment critiqué par le clergé.
Il n’est pas surprenant que certaines mises en scène aient suscité de véritables controverses. Les prêtres condamnaient les spectacles pour leurs thèmes « trop audacieux », à savoir les scènes d’amour et la satire de la société bourgeoise. Ils allaient même jusqu’à se plaindre des costumes des actrices, qu’ils jugeaient trop provocants, compte tenu de la morale dominante de l’époque.
De telles discussions ont eu lieu autour des spectacles dans différents théâtres de la ville, c’est-à-dire que n’importe quel établissement pouvait faire l’objet de critiques, notamment le célèbre centre culturel Monument-National. En conséquence, après les sermons du dimanche, certains croyants se rendaient au théâtre avec une attitude quelque peu préconçue à l’égard de ce qu’ils allaient voir sur scène.
Il est arrivé que, pendant les représentations, une partie du public se lève ostensiblement de son siège et quitte la salle en signe de protestation. C’est précisément ce qui s’est produit au célèbre théâtre Monument-National. De telles scènes étaient souvent accompagnées de cris et de disputes bruyantes.
De plus, ces incidents faisaient rapidement la une des journaux. La presse se délectait des conflits entre les partisans de « l’art libre » et les défenseurs de la morale traditionnelle. Pour les théâtres, cela signifiait non seulement des scandales, mais aussi une publicité supplémentaire : parfois, après des discussions animées, l’intérêt pour les spectacles augmentait, voire explosait.
Mais, dans l’ensemble, c’était une pratique assez triste, car le théâtre devenait involontairement le théâtre de batailles non artistiques, mais socio-religieuses.
Quand l’acteur n’a pas arrêté la représentation

Cependant, l’histoire théâtrale de la ville compte d’autres exemples positifs. On peut même les qualifier d’héroïques. L’un de ces cas concernait l’ancien Théâtre Royal, qui était l’un des principaux centres culturels de Montréal au XIXe siècle.
Au cours d’une représentation, un accident technique s’est produit. Une partie des décors fixés au-dessus de la scène s’est soudainement effondrée. À l’époque, les structures théâtrales étaient souvent en bois et les mécanismes scéniques assez rudimentaires, de sorte que de tels incidents n’étaient pas rares.
Les spectateurs ont figé un instant, s’attendant à ce que la représentation soit immédiatement interrompue. Cependant, l’acteur qui se trouvait sur scène a décidé d’agir autrement. Il a réagi rapidement, transformant instantanément la situation en partie intégrante du spectacle, en criant tout en prononçant une phrase qui devait ressembler à la réaction du personnage face à la « tempête du destin ».
Le public a d’abord été déconcerté, puis a éclaté en applaudissements. Le spectacle n’a pas été interrompu et s’est poursuivi comme si rien d’extraordinaire ne s’était produit. Les journaux ont salué son sang-froid, et la direction du théâtre a utilisé cet incident comme preuve du professionnalisme de sa troupe.
Mais, avec le temps, cette histoire a commencé à être perçue comme une fable théâtrale et une invention. Par conséquent, le nom de l’acteur, même s’il a réellement existé, a été oublié — il est aujourd’hui inconnu.
Un théâtre plein de surprises

L’histoire de la vie théâtrale à Montréal montre que la scène n’a jamais été seulement un lieu de représentation. Derrière les coulisses se cachaient de nombreux événements, certains tragiques, d’autres presque légendaires. Les théâtres montréalais ont connu plusieurs décennies de changements, mais ils ont conservé, avec les spectacles, la mémoire de ces événements.
Et c’est précisément pour cela que leur histoire reste si vivante et pleine d’anecdotes intéressantes, parfois peu agréables, mais toujours éloquentes.
Sources :





