Originaire de Montréal, acteur, humoriste et philanthrope de renom, toujours dévoué à sa communauté

Yvon Deschamps est l’un des humoristes les plus importants et influents du Québec. Célèbre pour ses monologues satiriques, il a tendu à la province un miroir de sa société durant la Révolution tranquille et les années qui ont suivi. Dans ses monologues subversifs et profonds, il a disséqué et tourné en dérision des sujets sensibles comme l’argent, le bonheur et le racisme. Les médias, la religion catholique, le féminisme, la santé mentale et la solitude : tout y passait. Son œuvre, novatrice, hilarante, politiquement engagée et provocatrice, ainsi que son style original et corrosif, ont ouvert la voie à une nouvelle tradition d’humour francophone qui perdure encore aujourd’hui. Pour en savoir plus sur l’un des plus grands humoristes du Québec, originaire de Montréal, rendez-vous sur montreal-trend.

Ses débuts à Radio-Canada

Né à Montréal en 1935, Yvon Deschamps y a fréquenté l’école locale. Il a cependant abandonné ses études très tôt pour devenir coursier à Radio-Canada. C’est là qu’il a découvert une véritable passion pour les arts de la scène. Yvon Deschamps a joué ses premiers rôles au Théâtre universitaire canadien avec Paul Hébert en 1958 et 1959. La même année, il fait sa première apparition à la télévision sur les ondes de Radio-Canada. Il a ensuite entrepris une formation en suivant des cours privés d’art dramatique auprès de François Rozet et Paul Buissonneau. Dès 1959, ce même Paul Buissonneau l’engage comme comédien à « La Roulotte », un théâtre mobile pour enfants. En 1960, on le voit jouer à « La Poudrière » et à « L’Égrégore », et à partir de 1961, il participe aux spectacles de Claude Léveillée. En 1963, Paul Buissonneau l’engage comme assistant, et en 1964, Yvon Deschamps cofonde le « Théâtre de Quat’Sous » à Montréal avec Paul Buissonneau, Claude Léveillée et Jean-Louis Millette. Yvon Deschamps participe ainsi à la première revue du théâtre en 1963. Un an plus tard, il tourne dans son premier film, « Délivrez-nous du mal ».

Cependant, c’est avec ses monologues satiriques sur scène qu’Yvon Deschamps a atteint la notoriété. Leur saveur politique était très bien accueillie par le public. En 1967, il se produit dans les restaurants et les clubs de Montréal, notamment à la « Boîte à Clémence ». Mais la véritable popularité est venue lorsqu’il a participé, aux côtés de Louise Forestier et Robert Charlebois, au spectacle « L’Osstidcho », dont il était également le producteur. Ce spectacle, une revue musicale irrévérencieuse, a révolutionné le monde du spectacle québécois. Son tout premier monologue s’intitulait « Les unions, que’qu’ça donne ? ». Cette performance a changé la vie du jeune homme. Quelques jours auparavant, il n’imaginait même pas faire carrière en humour. Après ce spectacle, il ne s’est consacré qu’à cela, à l’exception de quelques rares apparitions au cinéma. Tous ces événements marquants se sont déroulés en 1968.

L’ère de la popularité

Par la suite, Yvon Deschamps est devenu de plus en plus célèbre grâce à ses monologues, qu’il livrait chaque soir devant des salles combles. Naturellement, après ce succès fulgurant, sa carrière a pris son envol. Il a donné de nombreux spectacles dans les salles les plus prestigieuses, notamment à la Place des Arts à Montréal, où il a présenté plus de 500 représentations au cours de sa carrière. De 1985 à 1989, il a animé l’émission « Samedi de rire », une émission de variétés télévisée diffusée à Radio-Canada.

Le parcours d’Yvon Deschamps vers le succès est hors du commun. Son talent et son travail acharné l’ont mené de Saint-Henri à Westmount, de la Roulotte de Paul Buissonneau à la Rolls-Royce de Charlie Chaplin, du Quat’Sous au bonheur, du mont Royal aux plaines d’Abraham, de la scène à la télévision et, bien sûr, à l’histoire, où il figure parmi les plus grands humoristes du Québec. Son « Osstidcho » a fait sensation et a révolutionné la chanson québécoise, tandis que ses monologues ont battu des records d’affluence, avec notamment 100 représentations consécutives au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts. Son œuvre continue d’inspirer des générations d’artistes, affirmant l’humour comme une source d’énergie renouvelable et une richesse naturelle du Québec.

Le bonheur n’est pas dans l’argent

Malgré toutes ses réussites, Yvon Deschamps n’a jamais oublié d’où il venait, et a passé sa vie à se reconnecter à ses racines chaque fois que le destin et son travail risquaient de l’en éloigner. Généreux sur scène comme dans la vie, ce grand philanthrope était un homme de parole et d’action.

Il a partagé son argent avec les plus démunis pour redonner de l’espoir dans leurs yeux et dans leur vie, et pour alléger leur quotidien. Un jour, lors d’un gala de la Société des auteurs et compositeurs du Québec qui lui rendait hommage pour ses chansons (il en a écrit une soixantaine, affirmant modestement qu’il y en avait deux ou trois de bonnes, les autres servant à habiller ses spectacles), il a reçu une somme de 10 000 dollars. Il l’a immédiatement remise à Alan Côté, directeur du Festival en chanson de Petite-Vallée, pour l’aider à reconstruire son Théâtre de la Vieille Forge, détruit par un incendie l’été précédent. Ce n’est qu’un exemple de sa générosité. Sa vraie richesse, il la trouvait dans les yeux de Judy, sa femme, dans la fierté de ses filles, dans le rire de ses petits-enfants et de tous les enfants du Centre-Sud, dans le respect de ses pairs et dans les témoignages d’affection criés depuis la salle.

Personne n’est à l’abri de son esprit caustique. Yvon Deschamps a défendu l’intelligence des plus faibles, dénoncé les préjugés, critiqué les abus de pouvoir et condamné l’intolérance. L’humour est sa fronde, son cri du cœur, un miroir qu’il tend à son public comme une main pour le sortir de cette zone de confort et d’indifférence qui devient une prison, où les gens s’enferment par ignorance ou par peur. Il sait émouvoir et faire réfléchir, faire rire et faire grandir, en nous faisant découvrir quelque chose de nouveau en nous-mêmes.

Prix et distinctions

Dans ses monologues où cohabitent une naïveté désarmante et un caractère tranchant, lui permettant de dire le contraire de ce qu’il veut prouver, Yvon Deschamps est multiple, polarisant. Il masque son angoisse par des éclats de rire et insère dans ses chansons ce qu’il ne peut exprimer par la dérision. Le public sent que ce « bourreau bien-aimé » est rempli de tendresse, c’est pourquoi son œuvre les touche et demeure extraordinairement pertinente.

Bien sûr, pour ses spectacles et sa popularité, Yvon Deschamps a reçu une multitude de récompenses. Par exemple, l’Ordre des arts et des lettres du Québec, qui lui a été décerné en 2017, n’est assorti d’aucune récompense financière, un clin d’œil à son rapport ambigu à l’argent. Chevalier de l’Ordre national du Québec et Grand Montréalais, Yvon Deschamps a reçu de nombreux prix et distinctions. Son nom a été ajouté au dictionnaire « Larousse » en 2005. Au cours de sa carrière, il a remporté de nombreux prix, dont celui de la « Personnalité artistique de l’année » décerné par « La Presse » en 1994, et un prix « Félix » hommage de l’ADISQ en 1999.

De plus, Yvon Deschamps est connu pour son engagement communautaire. Il contribue notamment financièrement au « Chaînon », un refuge pour femmes situé à Montréal. En 1996, il a acquis le « Manoir Rouville-Campbell », où il a fait construire une salle de spectacle.

Après une performance spéciale au festival « Juste pour rire » en 2009, il a décidé de prendre sa retraite en 2010. Deschamps est resté très actif dans la communauté. Il soutient la Fondation Yvon Deschamps, qui aide les personnes ayant un handicap physique ou intellectuel, la Fondation du Centre hospitalier de l’Université de Montréal et l’Association sportive et communautaire du Centre-Sud.

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