Il y a plus d’un demi-siècle, le 8 septembre 1964, les Beatles faisaient leur unique arrêt au Forum de Montréal pour donner deux concerts de 30 minutes qui ont plongé plus de 21 000 spectateurs dans une frénésie de cris, de larmes et d’admiration. Un public, pour être plus précis, majoritairement féminin, parfois jusqu’à l’évanouissement. C’était la Beatlemania. Découvrez les détails et les anecdotes savoureuses de l’unique passage des légendaires Beatles à Montréal sur montreal-trend.com.
L’été culturel de 1964

L’été culturel de 1964 a été particulier à Montréal. Les Beatles ont passé neuf courtes heures dans la métropole, le temps de donner deux concerts d’une demi-heure chacun. Le célèbre groupe de Liverpool s’est produit à deux reprises au Forum. À leur arrivée, les quatre garçons dans le vent étaient déjà immensément populaires dans le monde entier. Leur apparition à l’aéroport de Dorval a donc provoqué une vive agitation, bien que, selon les témoins et la presse locale, l’hystérie fut contenue. La raison de leur venue était leur tournée nord-américaine, entreprise après que le jeune groupe britannique ait sorti trois albums en un peu plus d’un an : Please Please Me, With the Beatles et A Hard Day’s Night.
C’est donc le 8 septembre en après-midi que le quatuor de Liverpool a posé le pied sur le sol montréalais pour leur visite au Forum. Après deux concerts au Maple Leaf Gardens de Toronto la veille, les Beatles sont arrivés à l’aéroport de Dorval un peu après 14h00. Sans perdre un instant, les musiciens se sont dirigés vers l’aréna des Canadiens de Montréal, où l’ambiance, tout comme à l’aéroport, était plutôt calme, du moins moins hystérique que prévu. Les autorités s’attendaient aux émeutes observées dans la plupart des villes nord-américaines déjà visitées par le groupe.
Mais à Montréal, l’effervescence des fans, majoritairement des femmes, est restée sous contrôle. Difficile d’en expliquer la raison. On sait cependant que le temps était pluvieux et que ce 8 septembre marquait le premier jour de la rentrée des classes.
Deux concerts d’une demi-heure

Quoi qu’il en soit, les concerts étaient prévus au Forum de Montréal, situé sur la rue Sainte-Catherine, à 16h00 et 20h30. Les billets se vendaient 4,50 $ et 5,50 $. Le premier concert s’étant vendu très rapidement, l’idée d’une deuxième représentation a germé. Finalement, les Beatles ont joué devant environ 9 500 spectateurs à 16h00. Quatre heures et demie plus tard, 11 500 autres fans ont pu les applaudir. Douze chansons ont été interprétées à chaque concert, parmi lesquelles les incontournables All My Loving, She Loves You et Can’t Buy Me Love.
À la fin du second concert, au lieu de se reposer à l’hôtel Reine Elizabeth comme prévu, les musiciens ont décidé de se rendre directement à l’aéroport pour prendre un avion vers la Floride. On sait que des menaces de mort avaient été proférées contre Ringo Starr plus tôt dans la journée. Bien qu’on ne puisse l’affirmer avec certitude, il est possible que ces concerts expéditifs et ce départ précipité s’expliquent par ce fait. Le groupe a vraisemblablement préféré ne pas prendre de risques.
Les témoignages de ceux qui y ont assisté sont aujourd’hui de véritables reliques, même pour ceux qui ne sont pas fans du quatuor de Liverpool. La jeune Michèle Richard, alors âgée de 18 ans, a assisté au concert de 20h30. Elle se souvient d’un moment très émouvant et troublant, car pour les fans, les Beatles étaient considérés comme des dieux. Fait intéressant, après cette première rencontre à Montréal, elle a revu le groupe en concert plusieurs fois, gardant un souvenir particulièrement vif de leur prestation à Atlantic City.
Elle raconte que la musique des Beatles motivait la jeunesse, la faisait rêver et s’ouvrir à la musique. C’était bien plus que de simples fêtes et des cris d’adoration hystériques. Michèle Richard était assise au premier rang, juste devant la scène, et a pu voir ses idoles de très près. Malheureusement, elle n’a pas eu l’occasion de les rencontrer et n’a même pas essayé. Évoluant elle-même dans le show-business à l’époque, elle savait d’expérience que les rencontres avec le public après les concerts pouvaient être extrêmement irritantes. C’est pourquoi, dit-elle, elle n’a même pas songé à déranger les musiciens, comprenant parfaitement ce que les artistes ressentent dans ces moments-là.
Des vedettes locales au concert

Il faut noter que parmi les plus de 20 000 jeunes qui ont eu la chance de voir les Beatles le 8 septembre 1964, lors de leur unique visite à Montréal, se trouvaient plusieurs vedettes locales. Pour chacune d’elles, ce fut un événement marquant. On connaît notamment la célèbre anecdote de Janette Bertrand, qui s’est fait passer pour une journaliste afin d’assister à la conférence de presse tenue ce jour-là.
À l’époque, Janette Bertrand animait l’émission Comment Pourquoi ?, dans laquelle elle explorait les problèmes des adolescents. Après le premier concert, le groupe a donné une conférence de presse, à laquelle la jeune animatrice a réussi à s’infiltrer. Elle a demandé aux Beatles s’ils savaient qu’environ 80 % de leur public ce soir-là serait francophone. Sa question n’a visiblement pas plu au manager du groupe, qui l’a ignorée et est passé à la suivante, sans laisser aux musiciens le temps de répondre. Cependant, à la fin de l’événement, la jeune femme a senti une main sur son épaule. En se retournant, elle a vu John Lennon.
Comme l’a raconté Janette plus tard, il lui a demandé ce qui se passait. La jeune femme a expliqué que les musiciens se trouvaient au Québec. Elle était furieuse que tout le monde parle exclusivement en anglais, comme si la métropole n’avait pas d’habitants francophones. Après sa conversation avec John, elle a compris que les quatre garçons de Liverpool n’avaient aucune idée de l’endroit où ils se trouvaient dans leur tournée nord-américaine. Elle a échangé quelques phrases dans un français approximatif avec le musicien et a reçu deux billets pour le concert de 20 h 30. Et plus tard, lorsque le spectacle a commencé, la première chose que les Beatles ont faite en montant sur scène a été de saluer la foule d’un retentissant : « Bonjour à tous ! ».
À cette époque, un groupe montréalais du nom de Les Baronets connaissait un grand succès. Avant même l’arrivée des Beatles en ville, ils cartonnaient avec la chanson « C’est fou mais c’est tout », une reprise de Hold Me Tight. Le trio, composé de René Angélil, Jean Beaulne et Pierre Labelle, était très populaire à Montréal et dans tout le Québec. Ainsi, lorsque les Beatles sont finalement arrivés, Jean Beaulne a humblement reconnu qu’il devait son succès aux « Fab Four ».
La Rolls-Royce de John Lennon

De plus, Les Baronets au complet ont réussi à se faufiler jusqu’à la quasi-loge des Beatles, et ce n’est qu’au dernier moment qu’un garde les a forcés à rebrousser chemin. Plus tard, Jean Beaulne se remémorait cet événement en riant, mais ajoutait qu’il avait tout de même réussi à obtenir les autographes de John Lennon et Paul McCartney.
Suite à ces deux concerts, diverses expositions et même des musées consacrés à cet événement ont vu le jour à Montréal. Un exemple frappant est l’exposition « Les Beatles à Montréal ». Elle se concentre sur cette unique visite du légendaire groupe britannique qui a révolutionné la musique planétaire, influençant les tendances musicales qui ont émergé à Montréal et au Québec. L’un des objets phares de l’exposition est la rutilante Rolls-Royce de John Lennon.
Cet événement est devenu un chapitre marquant de l’histoire du Québec, car la musique des Beatles a accompagné l’émancipation de toute une génération et la transformation de la société québécoise dans les années 1960, à l’aube de la Révolution tranquille.
Les Beatles ne sont jamais revenus à Montréal.





