Le Montréalais Fernand Dansereau est un pionnier du cinéma français

Reporter, scénariste, réalisateur, producteur et chef de la production française, Fernand Dansereau aura touché à presque tous les métiers du cinéma à l’ONF. De 1955 à 1969, il a réalisé et produit pas moins de 80 films. Mais ce qui est encore plus remarquable, c’est qu’au cours de cette carrière prolifique, il a fait œuvre de pionnier à plusieurs reprises. Apprenez-en davantage sur la vie et l’œuvre de ce réalisateur et scénariste de renom sur montreal-trend.

Débuts de carrière à l’ONF

Fernand Dansereau est né à Montréal en 1928. Le jeune homme étudie au Collège Saint-Charles-Garnier à Québec, puis au Collège de Lévis, et enfin à Montréal aux collèges Sainte-Croix et Sainte-Marie. En 1950, à la fin de ses études, il décroche un poste de journaliste à La Tribune, avant de passer au Le Devoir, où il est responsable des questions de relations de travail. Fait à noter, il est renvoyé du journal après avoir refusé de franchir une ligne de piquetage lors d’une grève des employés.

En 1955, il rejoint l’Office national du film du Canada (ONF), invité par Pierre Juneau. Il y occupera diverses fonctions liées de près ou de loin au cinéma : animateur d’écran, scénariste, réalisateur, producteur et, enfin, responsable de la production française. À peine arrivé à l’ONF, Fernand Dansereau est envoyé dans l’Ouest du pays pour un reportage sur les Franco-Canadiens vivant en Alberta et au Manitoba. Déçu par cette mission, il songe à quitter le cinéma pour retourner au journalisme. C’est alors qu’on lui propose d’écrire le scénario d’un court métrage de fiction et de science-fiction, Alfred J.. Ce sera son premier scénario. Une fois écrit, le film est pris en charge par le réalisateur Bernard Devlin. Suite à cette expérience, Fernand Dansereau décide de rester. D’ailleurs, il ne quittera plus jamais le septième art. Fait intéressant, sa toute première mission, le film-reportage Les Canadiens français dans l’Ouest, sera présentée à Radio-Canada dans le cadre de la série « Passe-partout » en 1955. C’est la première apparition de Fernand Dansereau à l’écran. Ce film, qui s’apparente davantage à un reportage qu’à un documentaire, fait partie de l’une des premières séries de l’ONF produites pour la télévision de Radio-Canada.

Le travail de producteur

À la fin des années 1950, Fernand Dansereau participe activement à la création d’une nouvelle série télévisée, « Panoramique », qui va complètement transformer la production de films pour le petit écran. Alors que les séries précédentes mélangeaient documentaires et courts métrages de fiction de moins d’une heure sans ligne directrice claire, « Panoramique » présente des fictions en plusieurs épisodes de 30 minutes et propose une réflexion sur certains aspects de l’histoire sociale du Québec. De plus, c’est la première fois qu’une série est entièrement conçue par une équipe française et produite spécifiquement pour le public francophone du Québec. Dans le cadre de cette série, Fernand Dansereau scénarise notamment Les mains nettes, un film en quatre épisodes sur le monde des employés de bureau. Il réalise également Pays neuf, l’histoire d’un Canadien français qui décide de faire fortune dans l’exploitation minière.

Au tournant des années 1960, Fernand Dansereau devient producteur. C’est autour de lui que se rassemble l’équipe française qui va révolutionner la manière de faire des documentaires, en favorisant l’émergence et le développement de ce qu’on appellera le cinéma direct. En 1962, il est nommé responsable de la production française, devenant ainsi le premier producteur francophone à avoir le pouvoir exclusif d’approuver les scénarios et le montage des films en langue française. Durant cette période, Fernand Dansereau révèle de nouveaux réalisateurs qui deviendront chevronnés et produit des films qui marqueront le cinéma d’ici. Il produit, entre autres, Golden Gloves de Gilles Groulx, À Saint-Henri le 5 septembre — une œuvre collective de l’équipe française, Champlain de Denys Arcand et Pour la suite du monde de Pierre Perrault et Michel Brault.

Le Festin des morts

En 1965, après des années fructueuses comme producteur, Fernand Dansereau réalise Le Festin des morts, un film qui relate les relations entre les prêtres jésuites et les Hurons en Nouvelle-France, en 1638. De style classique, ce film est néanmoins le premier long métrage de fiction produit en français à l’ONF. C’est aussi la première coproduction avec Radio-Canada. À sa sortie, le film suscite une certaine controverse. On l’accuse de perpétuer le mythe de l’Indien sauvage et sanguinaire. Dans un texte rédigé en mai 1965 et envoyé aux journaux Le Devoir et Le Soleil, Fernand Dansereau explique que ce mythe fait partie de l’imaginaire de la majorité blanche, qu’il a été inculqué à l’école dès la petite enfance. Il poursuit en expliquant que c’est précisément cette mythologie qu’il a voulu mettre en images. Il s’est donc tourné vers l’imaginaire et la mythologie, plutôt que vers l’exactitude historique, pour guider ses choix d’acteurs, de costumes et de décors. Le film a été présenté à Radio-Canada le 30 mai 1965 dans une version de 96 minutes. Jugé trop long, le film a ensuite été raccourci à 79 minutes.

On peut aussi mentionner au passage le très beau Ça n’est pas le temps des romans, un court métrage de fiction que Dansereau a scénarisé et réalisé lui-même. Le film dépeint le quotidien d’une femme dans la trentaine. Le milieu des années 1960 est marqué par l’émergence d’un cinéma qui se veut un agent de changement social. Et là encore, Fernand Dansereau fait figure de pionnier en créant le groupe de recherches sociales. Les préoccupations de ce groupe de travail rejoignent celles du programme « Société nouvelle », qui sera créé quelques années plus tard, et Saint-Jérôme est un exemple typique du cinéma d’intervention sociale tourné à cette époque. Ce film est l’occasion pour Fernand Dansereau de développer une nouvelle technique de montage. Pour la comprendre, il faut revenir sur la sortie, en 1962, du court métrage À Saint-Henri le cinq septembre. La diffusion de ce film avait provoqué des réactions négatives de la part des participants. Certains s’étaient sentis dévalorisés par le point de vue des réalisateurs, tandis que d’autres avouaient ressentir de la honte en voyant le film. Fernand Dansereau, producteur du film, a été troublé par la gravité de ces révélations. En décembre 1966, on lui propose un sujet similaire : Saint-Jérôme. Pour éviter que l’histoire ne se répète, il décide de modifier le processus de montage habituel et accorde à tous les participants (sauf les politiciens) un droit de censure final sur les images tournées. Concrètement, chaque participant avait la possibilité de couper de son propre témoignage ce qui lui déplaisait.

Les dernières œuvres du maître

En 1969, Fernand Dansereau quitte l’ONF pour poursuivre sa carrière de réalisateur et de scénariste dans le secteur privé. Il reviendra à l’institution cinématographique publique au début des années 2000 pour deux longs métrages documentaires : Quelques raisons d’espérer, un film fascinant sur la vie et l’œuvre de l’écologiste Pierre Dansereau, et Porteurs d’espoir, qui suit des élèves de 6e année réalisant un projet d’aménagement d’un parc près de leur école.

Quelques raisons d’espérer est, à ce jour, le dernier documentaire du réalisateur Fernand Dansereau. Alors que la grande majorité des films sur l’environnement adoptent un ton alarmiste, voire catastrophiste, celui-ci brosse le portrait, en retraçant le parcours d’un éternel optimiste, d’un homme de cœur et de conviction, l’écologiste Pierre Dansereau, qui donne la force de croire que l’humanité a encore quelques raisons d’espérer un monde meilleur.

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