Mark Favreau — un homme avec l’âme du clown Solya

Montréal est considérée comme l’une des capitales mondiales de l’humour grâce au festival Juste pour rire, et de nombreux humoristes locaux ont fait leurs débuts ici, même s’ils sont ensuite devenus célèbres aux États-Unis ou en Europe. Marc Favreau était l’un des représentants les plus marquants de la pléiade humoristique de la métropole. Il était l’acteur, l’écrivain et le poète préféré des Montréalais, surtout connu pour avoir créé le personnage culte du clown Sol.

Sol est un vagabond inspiré de Charlie Chaplin, que Favreau a incarné dans diverses émissions de télévision québécoises, puis a interprété ce personnage en solo, devenant ainsi un élément incontournable de la comédie franco-canadienne grâce à ses jeux de mots et ses mimes. Marc était un artiste polyvalent au théâtre et à la télévision, reconnu pour son talent linguistique et ses dons comiques. Pour en savoir plus sur la carrière et la vie de l’humoriste, rendez-vous sur montreal-trend.com.

Formation en tant qu’acteur

Marc Favreau est né à Montréal, une métropole dont les rues, les accents et les contradictions silencieuses ont profondément influencé son œuvre. Acteur, dramaturge et comédien, il est devenu l’une des figures culturelles les plus marquantes de Montréal et de tout le Québec grâce à la création du personnage de Sol, un clown dont l’innocence apparente cachait un esprit vif et curieux.

Favreau n’a jamais considéré l’humour comme une simple  forme d’évasion de la réalité ; au contraire, il l’utilisait comme un outil de réflexion, invitant les spectateurs à écouter attentivement, à réfléchir et à repenser la signification de ses paroles.

Élevé dans des conditions très modestes, Favreau a développé dès son plus jeune âge une sensibilité pour la langue et le rythme. Il a toujours été attiré par la littérature, la poésie et le théâtre classique, et dès son plus jeune âge, il a découvert le potentiel musical caché dans la parole. Après avoir étudié le théâtre et la littérature dans les années 1950, Mark a commencé sa carrière professionnelle sur les scènes de la ville, jouant dans des productions classiques et contemporaines. Ces années de formation lui ont inculqué la discipline, la précision et un profond respect pour les mots.

Après avoir étudié à l’Académie Querbes à Utremont et à l’Université Sir George Williams, qui a ensuite été rebaptisée Université Concordia, Marc Favreau s’est lancé dans le design commercial en créant des décors de théâtre. En 1950, il est entré à l’École du Théâtre du Nouveau Monde et, deux ans plus tard, il a reçu son premier prix de comédie. Il a commencé sa carrière théâtrale en 1954 dans le rôle de Pierrot dans Don Juan de Molière et a obtenu plusieurs contrats à la radio et à la télévision, notamment dans Le Survenant, où il a joué le rôle de Boblan.

Cependant, le théâtre traditionnel lui est rapidement apparu trop ennuyeux, limitant le potentiel créatif de Favreau. Marc était en effet inquiet, il cherchait une forme qui pourrait combiner la pensée, l’humour et la poésie sans structure rigide. Ces recherches dans les années 1960 ont progressivement conduit à la création de Sol.

Clown Sol

Pour être plus précis, le personnage de Sol est apparu en 1958 dans l’émission Bim et Sol, qui s’est ensuite appelée Sol et Bouton, puis est devenue l’inoubliable Sol et Gobelet. Il s’agissait déjà d’une série hebdomadaire coécrite par Favreau, dans laquelle il jouait le rôle principal aux côtés de son partenaire Luke Durand.

Il s’agissait d’une émission pour enfants diffusée de 1969 à 1972. Son intrigue tournait autour des deux clowns les plus absurdes et les plus fous que l’on puisse imaginer. C’est pourtant cette émission qui a marqué toute une génération.

Marc Favreau a continué à incarner son personnage sur scène, où il a connu un énorme succès, non seulement au Québec, mais aussi en Europe, notamment au Festival d’Avignon en 1977. Derrière son apparente naïveté, Sol portait un regard sincère et perspicace sur le monde. Il utilisait pour cela des jeux de mots assez cruels. À cette époque, Favreau avait appris avec succès à utiliser la langue comme une arme dans ses œuvres.

Depuis lors, la langue est devenue le thème central de l’art de Favreau. À l’aide de déformations ludiques, de mots inventés et d’associations inattendues, il a montré comment le langage façonne la pensée et comment une rigueur excessive peut limiter l’imagination. Son œuvre a eu un fort retentissement pendant la période d’éveil culturel de Montréal, où les questions d’identité, de pouvoir et d’expression personnelle étaient inévitables. Favreau ne prêchait pas et n’expliquait pas, il laissait la confusion elle-même prendre tout son sens.

Vêtu d’un costume de clown et parlant un français délibérément déformé, Sol semblait maladroit et naïf. Mais sous la surface, le personnage révélait une clarté troublante. Les erreurs de Sol étaient délibérées, tous ses malentendus soigneusement pensés pour dénoncer l’absurdité des normes sociales et du pouvoir intellectuel.

Dans les années 1970 et 1980, Sol a conquis un large public grâce à ses spectacles sur scène et à ses émissions sur Radio-Canada. Favreau a beaucoup tourné au Québec et a présenté ses œuvres à l’échelle internationale, notamment en Europe. Chaque monologue était soigneusement pensé et écrit, souvent perfectionné au fil du temps. L’humour, la philosophie et la poésie étaient indissociables dans ses textes, exigeant l’attention plutôt que le rire passif.

Popularité et renommée

Malgré sa notoriété grandissante, Mark Favreau résistait à la simplification commerciale. Il ne voulait pas que ses performances ne fassent rire le public sans le faire réfléchir. Mark est toujours resté exigeant dans le choix de ses rôles au théâtre et au cinéma et refusait de diluer la profondeur intellectuelle de ses œuvres. Ses collègues admiraient sa modestie, sa rigueur et sa détermination tranquille. Pour Favreau, la comédie n’était pas une manifestation de son ego, mais un acte d’écoute et de précision.

Pendant ce temps, Marc Favreau était très demandé. Malgré tout, il poursuivait sa carrière au théâtre, jouant Racine, Marivaux à la Nouvelle Compagnie Théâtrale, Murray Schizgall et Dario Fo au Théâtre du Nouveau Monde, puis le rôle de Mort à la Compagnie Jean-Duceppe, celui de Paul Kohout au Théâtre Duceppe et celui d’Alfred Jarry au Théâtre Denise-Pelletier. Une œuvre convaincante.

En même temps, Marc Favreau trouvait le temps et l’inspiration pour jouer ses propres pièces. Parmi celles-ci, Comedia dell’Arte au Théâtre NCT en 1971. Il travaillait à cette époque à la télévision. Favreau a joué plusieurs rôles dans des séries telles que CF-RCK, Les Enquêtes Jobidon, D’Iberville, Symphorien, Les Forges de Saint-Maurice et dans plusieurs dramatiques.

Récompenses et distinctions

Au cours de sa carrière, Favreau a reçu plusieurs distinctions. En 1995, il a été fait chevalier de l’Ordre national du Québec, deux ans plus tard, en 1997, chevalier de l’Ordre de la Pléiade, et en 2003, officier de l’Ordre du Canada. Cette distinction a été décernée à l’artiste qui a transformé l’humour en un espace de réflexion et de liberté d’expression.

Il a reçu le Mérite du français dans la Culture, décerné par l’Union des artistes en 1997. L’artiste a également reçu le prix Georges-Émile Lapalme, décerné par le gouvernement du Québec, le Prix de la Francophonie de la Société des auteurs dramatiques de Paris en 2000 et le Mérite d’honneur du français en éducation du Conseil pédagogique interdisciplinaire du Québec en 2002.

Comme le montre son palmarès, la contribution de Favreau à la culture canadienne a été officiellement reconnue. Même lorsque sa santé s’est détériorée, Favreau a continué à écrire, convaincu que les mots recèlent encore des possibilités inexplorées.

Marc Favreau est décédé en 2005, sans laisser derrière lui de disciples qui auraient pu suivre ses traces. Mais sa voix reste dans les mémoires. Grâce à Solya, il reste un poète qui se cachait derrière un clown, rappelant aux spectateurs que la confusion peut être fructueuse, que les erreurs peuvent être des découvertes et que le rire peut mener tranquillement à la sagesse.

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